Vertiges saisonniers : le rôle méconnu de la vitamine D

Pourquoi consulte-t-on davantage pour des vertiges en automne ?

Si vous avez remarqué une augmentation de vos symptômes vertigineux avec l'arrivée de l'automne, vous n'êtes pas seul. Cette observation, partagée par de nombreux patients et professionnels de santé, est aujourd'hui confirmée par la recherche scientifique. Plusieurs études internationales démontrent une variation saisonnière significative du vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB), le type de vertige le plus fréquent, avec un pic d'incidence durant les mois d'hiver et le début du printemps [1,2,3].

En Suisse, ce phénomène prend une dimension particulière. Dès le mois de septembre, la durée du jour commence à diminuer drastiquement : nous passons de plus de 13 heures de lumière du jour au début de l'automne à moins de 9 heures fin novembre, soit une perte de plus de 4 heures d'ensoleillement en trois mois seulement [4]. Cette réduction spectaculaire de l'exposition solaire n'est pas sans conséquence sur notre organisme et notre système vestibulaire.

Le lien scientifique entre vitamine D et vertiges

Comprendre le mécanisme

Le VPPB résulte du déplacement de petits cristaux de calcium appelés otolithes dans l'oreille interne. Ces cristaux, qui jouent normalement un rôle essentiel dans notre perception de l'équilibre, peuvent se détacher et se déplacer dans les canaux semi-circulaires, provoquant cette sensation désagréable que tout tourne autour de nous.

Or, la vitamine D joue un rôle crucial dans le métabolisme du calcium et la santé de notre oreille interne. Produite principalement par notre peau lorsqu'elle est exposée aux rayons ultraviolets du soleil, cette vitamine devient naturellement déficitaire durant l'automne et l'hiver en Suisse, où l'ensoleillement peut chuter à moins de 50 heures mensuelles en décembre dans certaines régions.

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Ce que révèlent les études

Les recherches scientifiques ont établi un lien remarquable entre les niveaux de vitamine D et la fréquence des vertiges :

  • Une étude coréenne portant sur près de 300 personnes a montré que 80 % des patients souffrant de VPPB présentaient un taux de vitamine D inférieur à 20 ng/ml, contre 60 % dans le groupe témoin [5]
  • Le risque de vertige est multiplié par 3,8 chez les personnes ayant un taux entre 10 et 20 ng/ml
  • De manière spectaculaire, ce risque est multiplié par 23 chez celles dont le taux est inférieur à 10 ng/ml [5]

Une étude menée à Shanghai sur six ans a observé une corrélation inverse entre les niveaux de vitamine D sérique et le nombre de consultations pour VPPB, avec des taux particulièrement bas durant les mois d'hiver [6]. En Autriche, où le climat est comparable à celui de certaines régions suisses, les chercheurs ont confirmé que la majorité des symptômes surviennent en hiver, suivis du printemps, avec une corrélation négative avec les heures d'ensoleillement [1].

VPPB et vitamine D

D'autres facteurs saisonniers en jeu

Au-delà de la vitamine D, plusieurs autres éléments contribuent à l'augmentation des vertiges en automne et en hiver :

Les infections virales : Les rhumes, grippes et infections ORL, plus fréquents durant la saison froide, sont étroitement associés au VPPV [3,7]. Parfois, le système immunitaire, après avoir combattu une infection des voies respiratoires, peut par erreur s'attaquer à l'oreille interne, provoquant ce que l'on appelle une névrite vestibulaire.

Le mode de vie sédentaire : Nous passons naturellement plus de temps à l'intérieur durant l'automne et l'hiver suisses. Cette réduction d'activité physique peut favoriser la déminéralisation osseuse et, par ricochet, affecter les otolithes de l'oreille interne [3].

La pression atmosphérique et l'humidité : Les changements climatiques rapides, particulièrement fréquents dans notre pays alpin, peuvent également jouer un rôle dans le déclenchement des crises vertigineuses.

Reconnaître les signes d'une carence en vitamine D

La carence en vitamine D peut se manifester par divers symptômes, souvent discrets au début :

  • Fatigue chronique et manque d'énergie persistant
  • Vertiges ou sensations de tête qui tourne
  • Faiblesse musculaire, particulièrement dans les jambes
  • Douleurs osseuses ou articulaires
  • Système immunitaire affaibli avec infections fréquentes
  • Humeur morose ou symptômes dépressifs
  • Cicatrisation lente des plaies

Si vous reconnaissez plusieurs de ces symptômes, surtout combinés à des épisodes de vertiges, il peut être judicieux d'en parler à votre médecin et d'envisager un dosage sanguin de vitamine D.

Que faire : solutions pratiques et prévention

1. Maximiser l'exposition solaire (même en automne)

Même si les journées raccourcissent, chaque rayon de soleil compte. Les spécialistes recommandent une exposition d'environ 15 à 30 minutes par jour, en découvrant le visage, les bras et les mains lorsque le temps le permet. En Suisse, privilégiez les heures autour de midi, lorsque le soleil est au plus haut, particulièrement durant les mois d'octobre à mars.

Le week-end, profitez d'une promenade en montagne : l'ensoleillement y est souvent meilleur qu'en plaine, où les brouillards automnaux peuvent limiter drastiquement l'exposition solaire. À Genève, par exemple, l'ensoleillement en novembre peut être deux fois moindre qu'à la Dôle.

Bain de soleil en automne

2. Adapter son alimentation

Certains aliments peuvent contribuer à maintenir des niveaux adéquats de vitamine D :

  • Poissons gras : saumon, maquereau, sardines, hareng (sources excellentes)
  • Huile de foie de morue (la source alimentaire la plus riche)
  • Jaune d'œuf
  • Champignons exposés aux UV (shiitake, chanterelles)
  • Produits laitiers enrichis disponibles en Suisse

Cependant, il faut être réaliste : l'alimentation seule couvre difficilement les besoins en vitamine D durant l'hiver suisse.

3. Envisager une complémentation

Les études cliniques sont formelles : une complémentation en vitamine D et en calcium peut réduire significativement les récidives de VPPB. Une étude randomisée portant sur près de 1000 patients a montré une réduction de 24 % à 45 % du taux de récidive annuel, l'effet étant particulièrement marqué chez les personnes les plus carencées [8,9].

Le protocole étudié consistait en une prise quotidienne de 400 unités internationales de vitamine D et 500 mg de calcium, deux fois par jour. Néanmoins, avant de débuter toute supplémentation, il est essentiel de consulter votre médecin traitant qui pourra, si nécessaire, prescrire un dosage sanguin et adapter les recommandations à votre situation personnelle.

Des compléments de vitamine D3+K2 de qualité sont à votre disposition à la réception du Centre Activate de Genève.

4. L'importance de la rééducation vestibulaire

Si vous souffrez de vertiges, la bonne nouvelle est que le VPPB se traite remarquablement bien. Les manœuvres de repositionnement des otolithes, comme la manœuvre d'Epley, permettent souvent de résoudre le problème en une seule séance. Au Centre Activate à Thun, nos spécialistes en rééducation vestibulaire sont formés à ces techniques et peuvent vous accompagner pour :

  • Poser un diagnostic précis du type de vertige dont vous souffrez
  • Réaliser les manœuvres de repositionnement appropriées
  • Vous enseigner des exercices à pratiquer chez vous en cas de récidive
  • Mettre en place un programme de rééducation adapté pour renforcer votre système d'équilibre

La rééducation vestibulaire devient d'autant plus efficace qu'elle est entreprise précocement. N'attendez pas que les vertiges deviennent handicapants au quotidien.

5. Quand consulter en urgence ?

Le VPPB est bénin en soi. Cependant, si en plus de vertiges, vous constatez d'autres symptômes comme :

  • Vertiges accompagnés de violents maux de tête
  • Troubles de la vision (vision double, perte de champ visuel)
  • Difficultés à parler ou à avaler
  • Faiblesse ou engourdissement d'un côté du corps
  • Perte de conscience
  • Difficultés à marcher ou coordination perturbée
  • Confusion ou changements de comportement

Ces symptômes peuvent indiquer une atteinte centrale (neurologique) nécessitant une prise en charge urgente. En cas de doute, appelez les urgences ou votre médecin traitant sans plus tarder.

Un message d'espoir

Si l'automne et l'hiver en Suisse créent des conditions favorables à l'apparition ou à la récidive de vertiges, la compréhension scientifique de ce phénomène nous offre aujourd'hui des solutions concrètes et efficaces. La combinaison d'une attention portée aux niveaux de vitamine D, d'une hygiène de vie adaptée et d'un recours précoce à la rééducation vestibulaire permet de prévenir et de traiter efficacement ces troubles de l'équilibre.

Le VPPB n'est pas une fatalité, même durant les mois sombres de l'année. Avec les bonnes stratégies et un accompagnement professionnel approprié, vous pouvez retrouver votre équilibre et traverser l'automne avec sérénité.

Jean-Jacques Lagarde - notre physiothérapeute vestibulaire est à votre disposition pour vos problèmes de VPPB et instabilités associées à un déficit vestibulaire.

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Centre Activate – Spécialistes en rééducation vestibulaire
Pour toute question ou pour prendre rendez-vous : www.vestibulaire.ch

Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de vertiges, consultez toujours un professionnel de santé pour un diagnostic précis.


Références scientifiques

[1] Seo, T., Miyamoto, A., Saka, N., et al. (2024). Seasonality of benign paroxysmal positional vertigo: A retrospective study from Central Europe. Wiener Klinische Wochenschrift, 136, 85-90. https://doi.org/10.1007/s00508-023-02237-w

[2] Jeong, J., Kim, J. S., Shin, J. W., et al. (2024). Seasonal variation in peripheral vestibular disorders based on Korean population data. Laryngoscope Investigative Otolaryngology, 9(2), e1254. https://doi.org/10.1002/lio2.1254

[3] Cao, Z., Zhao, X., Ju, Y., Chen, M., & Wang, Y. (2020). Seasonality and Cardio-Cerebrovascular Risk Factors for Benign Paroxysmal Positional Vertigo. Frontiers in Neurology, 11, 259. https://doi.org/10.3389/fneur.2020.00259

[4] MétéoSuisse. (2023). L'automne météorologique. Consulté sur https://www.meteosuisse.admin.ch

[5] Jeong, S. H., Kim, J. S., Shin, J. W., et al. (2013). Decreased serum vitamin D in idiopathic benign paroxysmal positional vertigo. Journal of Neurology, 260(3), 832-838. https://doi.org/10.1007/s00415-012-6712-2

[6] Wu, Y., Chen, W., Zhou, J., et al. (2019). Seasonal variation of idiopathic benign paroxysmal positional vertigo correlates with serum 25-hydroxyvitamin D levels: a six-year registry study in Shanghai, China. Scientific Reports, 9, 17429. https://doi.org/10.1038/s41598-019-52803-4

[7] Gacek, R. R. (2003). Pathology of benign paroxysmal positional vertigo revisited. Annals of Otology, Rhinology & Laryngology, 112(7), 574-582.

[8] Kim, J. S., Oh, S. Y., Lee, S. H., et al. (2020). Randomized clinical trial for prevention of benign paroxysmal positional vertigo recurrence: vitamin D and calcium supplementation. Neurology, 95(9), e1117-e1125. https://doi.org/10.1212/WNL.0000000000010343

[9] AlGarni, M. A., Mirza, A. A., Althobaiti, A. A., Al-Nemari, H. H., & Bakhsh, L. S. (2018). Association of benign paroxysmal positional vertigo with vitamin D deficiency: a systematic review and meta-analysis. European Archives of Oto-Rhino-Laryngology, 275(11), 2705-2711. https://doi.org/10.1007/s00405-018-5146-6